Sceaux & calligraphie japonaise

Le présent article présente les signatures des calligraphies extrêmes-orientales (chinoises et japonaises) et par extension, les signatures des peintures chinoises et japonaises (sumi-e).

Pour signer son œuvre, le calligraphe utilise deux éléments :

  1.  un sceau, généralement en stéatite (communément appelée « pierre à savon », pierre particulièrement tendre qui peut être sculptée relativement facilement). Ce sceau est gravé par l’artiste avec sa signature (à l’envers bien sur, puisqu’il est utilisé comme un tampon encreur). L’action de graver son propre sceau constitue en soi un acte artistique. La gravure des sceaux est considérée comme une forme de calligraphie, et comme en calligraphie, il y a plusieurs styles de gravure de sceaux. Les sceaux reproduisent d’ailleurs les différents styles calligraphiques, avec parfois une stylisation telle des caractères que la lecture en devient impossible pour tout autre qu’un lecteur très averti. Les sceaux incisés en creux sont dénommés Yin (énergie féminine), les sceaux gravés en relief sont dénommés Yang (énergie masculine). Les premiers sceaux connus en Orient furent des sceaux yin.

Le choix du sceau selon le support (œuvre d’art) est toujours délicat, ainsi que sa position sur l’espace de la page qui doit tenir compte de l’équilibre entre le plein et le vide pour que le chi (l’énergie) circule.

Les sceaux en Extrême-Orient sont gravés dans un grand nombre de matériaux durs ou tendres, pour la plupart en stéatite comme précisé plus haut, mais aussi en bois, bambou, corne, cristal, jade, pierres précieuses. Ils peuvent être aussi réalisés à la cire perdue en cuivre, bronze, argent, or, etc. La pierre tendre de Shoushan dans le Fujian est très appréciée par les amateurs pour sa gamme chromatique très riche et sa finesse.

2. Une pâte à sceau

Il existe deux sortes d’encre rouge – en fait, une pâte rouge – utilisées traditionnellement pour encrer les sceaux. Elles diffèrent par la nature des matériaux de base auxquels elles font appel :

  • À base de soie : La pâte rouge est faite de cinabre réduit en poudre très fine, mélangée avec de l’huile de ricin et des fragments de fils de soie. La soie lie ce mélange pour en faire une pâte très épaisse, ayant une apparence très huileuse, d’une éclatante couleur rouge.
  • À base de plante : Là aussi, la pâte rouge est faite de cinabre réduit en poudre très fine, mélangée avec de l’huile de ricin. Mais l’ingrédient de base n’est plus des fragments de fils de soie, mais de l’armoise commune. La texture du mélange résultant apparaît peu homogène, car l’armoise n’est pas un liant. La pâte présente un aspect spongieux, et d’un rouge plus sombre. L’encre rouge à base d’armoise va tendre à sécher plus rapidement que celle faisant appel à la soie : en fonction du papier utilisé, la pâte à base d’armoise pourra sécher en 10 ou 15 minutes, et ce, d’autant plus que le papier est absorbant. Par ailleurs, ces encres à base de plante s’étaleront sur le papier plus que ne le ferait une encre utilisant de la soie, l’armoise n’ayant pas les mêmes propriétés liantes que la soie;

Il existe également des pâtes à sceau avec d’autres couleurs que le rouge, notamment le bleu, le vert, le jaune. En particulier, les moines bouddhistes ne signent généralement pas en rouge mais en bleu.

FullSizeRender(10) Au Japon, le sceau est nommé Hanko (判子)ou  Inkan (印鑑).

 

Pour la signature de mes calligraphies japonaises et mes peintures, j’utilise un sceau que j’ai gravé avec mon nom de famille transcrit en japonais. « Vincent » peut s’écrire en japonais BANSAN (le « v » et les diphtongues française « in » et « en » n’existant pas en japonais).

En écriture Kanji (caractères japonais issus du chinois, qui possèdent à la fois une phonétique donnée mais aussi des significations particulières, comme un idéogramme chinois), « Bansan » signifie « nombreuses montagnes ». Par ailleurs, le caractère « BAN« , qui peut aussi correspondre à « MAN », signifie aussi 10 000, et constitue le premier caractère du mot « mannenhitsu » qui signifie littéralement « pinceau de 10 000 ans » ou encore « stylo-plume ». Enfin, pour compléter cette coïncidence intéressante, « hitsu » (dernier caractère du mot précédent, et qui signifie précisément pinceau) est le deuxième caractère du mot « hitsu« , signifiant « compétence » et « pinceau », et qui peut se traduire par « calligraphie ».

La figure suivante présente les différents kanjis utilisés en signature pour mes calligraphies japonaises.

Par ailleurs, la photo présente également mon prénom « Jean-Martin » ,que je signe soit en katakana (caractères phonétiques japonais utilisés pour les mots étrangers), soit en hiragana (syllabaire japonais) ou encore en kanji (Jean-Martin pouvant se transcrire par « cercle clair semblable au néant… » tel le traditionnel « enso » (cercle zen japonais)…pour compléter le sceau.

A noter que en kanji, le « n » de « Jean » (jo-N) est traduit par le caractère « mu« , qui remplace également le « n » seul, qui n’existe normalement pas en caractère kanji. Il est directement issu du chinois, et signifie « néant ».

 

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« Enso », réalisé avec un pinceau en plume de paon.

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